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Un vent de fraîcheur a soufflé sur Allotropiques.

par Mélissa A.

VEN. 01 FÉV.
Musique Reportages Publié le 14/02/2019

Allo quoi ? Non, ce n’est pas la nouvelle sonnerie kitschoune de ton portable en 8 bits version Gilbert Montagné… Le vintage a ses raisons que la raison doit parfois (et dans ce cas, surtout) oublier ! Allotropiques c’est le festival le plus chaud de l’hiver lancé par Le Temps Machine et qui a le mérite d’être itinérant dans Tours et ses environs, au cœur de lieux remarquables comme le Prieuré de St Cosme, le HQ, MAME, ou encore le Château du Plessis. Alternant conférences, ateliers et concerts représentant une multitude de styles musicaux, le festival mutant a réussi un beau tour de force pour sa 3e édition, avec les prestations de Mermonte et T/O.

Point culture : le château du Plessis (du moins ce qu’il en reste) était la demeure préférée de Louis XI et où il passera ses derniers jours avant d’y mourir. Il restera résidence et siège des Rois de France jusque dans le début des années 1500. Et ouais, on s’la pète !

Aile du château, rescapée des siècles

Après une halte au bar et à la planchette crudité-fromage, direction la salle Gabily du Château pouvant accueillir une toute petite centaine de places pour débuter la soirée. Le lieu est vraiment sympa, intimiste et coquet sans trop de chichis : la pierre et poutre apparentes, ça claque toujours.

 

 


C’est T/O, tout droit venu de Strasbourg, qui ouvrira le set à 20h45, et ce, de façon plutôt…ubuesque. Classé comme « groupe de post-rock hypnotique », j’ai intégré le mot « hypnotique » dès l’intro, bien que je sois allergique aux classements. Avez-vous déjà vécu une descente de LSD devant Arte à 3h du matin face à un reportage sur la faune tropicale sauvage agrémenté de bonbons saveur « pin sylvestre » ? Et bien il fallait être présent(e) ce soir-là pour avoir la chance de vivre un moment plutôt unique et étrange. Le quatuor composé de Théo, Gavin, Arthur et Clément mais transformé en trio pour cause de maladie du batteur, est arrivé en soufflant et criant des petits bruits, le tout supplanté de petits sons barrés et bien perchés. Perché c’est l’adjectif qui vous vient immédiatement à l’esprit, avant que le groupe n’entame son premier titre.

Lunettes de soleil sur le nez (nous sommes sous les tropiques, rappelez-vous), le chanteur clame une ivresse vocale mélangeant des bribes de Ian Curtis et Jim Morisson de façon assez saccadée. Musicalement c’est vraiment bon ! Basse prédominante, boucle de synthé (+ boite à rythme remplaçant le batteur absent) et guitare, la formation est solide. Elle me surprendra d’ailleurs dans la gestion des sempiternels imprévus comme l’impossibilité de lancer la bande-son de la batterie gérée par les platines de la régie. Le chanteur n’hésitera pas à descendre dans la fosse pour régler lui-même les soucis, avant de reprendre sans coupure le rythme sur lequel la prestation avait bien commencé. Légère réverbérations et petits sons délicats, le volume de T/O repose sur des compositions assez régulières, aux pointes électro-rock sans tomber dans la caricature. J’ai regretté un milieu de set contrastant trop nettement avec le début, beaucoup plus mou avec des nappes d’orgue so 70’s. Mais c’était sans compter sur une excellente reprise de Paul McCartney, temporary secretary, percutante et haletante, pour relever la foule (les intro à la Giorgio Moroder, ça cartonne toujours et j’étais loin de penser que Sir McCartney ferait concurrence à DEVO au guidon d’une moto de TRON). Le chanteur ira tester ses vocalises dans la « fosse », sortant même de la salle pour aller remuer les fumeurs de la salle d’à-côté, dans une démarche robotique voire névrosée mais jamais blasée.

Le groupe excelle dans un style rétro-futuriste semblant égaré, où les pantalons en velours, les col-roulés et les vestes à franges en daim font encore la part belle à la fashionista du moment. Même les sangles de guitares arc-en-ciel ne choquent pas. Mais limiter T/O à leur look scénique serait se méprendre car toute la qualité d’un groupe réside justement dans le mix entre visuel, la communication avec le public et le rendu sonore. Musicalement c’était carré, passant d’une pop acidulée proche d’un Django-Django, à une légère électro où la noirceur est parfaitement articulée avec la ligne de basse (et la voix très grave du bassiste me rappelant I Wanna MMM de The Lawyer…pas de commentaire sur cette référence, merci). Bien que le guitariste arbore une belle Gibson SG, l’ombre d’Angus Young est bien loin, je vous l’accorde dans l’utilisation de cette dernière, mais peu importe. L’ensemble minimaliste basse/guitare, fonctionne sans en faire des tonnes.

Pour résumer, T/O fut une très belle surprise et ne pouvait pas mieux accueillir le groupe « tête » d’affiche de la soirée.


En place pour Mermonte qui, on peut le dire, sait occuper l’espace en venant à 8 sur scène, accompagné de deux batteries, un violon, trois guitares, trompette, synthés et j’en passe. Le groupe opérant dans un style voluptueux où le chant est au même niveau que les instruments, voire souvent inexistant, a su faire voyager la salle sans difficulté. A l’instar de nos tourangeaux Ez3kiel, Mermonte réussi le pari d’une « transe » musicale basée en priorité sur des nappes aériennes. Bien qu’ils utilisent à plusieurs reprises des instruments vedettes des classes de maternelles (après mes 4 ans, je n’ai jamais plus retouché à ces derniers), les musiciens restent de grands gamins perfectionnistes. Xylo, bâtons de bois, tambourin, maracas, grelots… ne font pas figuration dans une nouvelle pièce contemporaine, mais ajoutent vraiment un plus qui donne le relief aux compositions jouées ce soir.

Je saluerai le titre nommé Les Forces de l’Ailleurs, (interprété par Dominique A qui ce soir-là, était lui aussi en concert à Tours) et composé par Mermonte, qui reflète assez bien l’esprit de la soirée. 1h à planer sans s’emmerder, c’est assez rare (et sans avoir abusé du vin blanc). On oscille d’un rock avec des riffs loopés et sons aigus un peu comme Motorama, à des compositions fluides et étirées. Les mains en jeux de clap sont également de la partie, tout comme les rares vocalises en décalées et tonalités différenciées. Mermonte concentre intensité, puissance, profondeur et retenue, sans pour autant avoir un jeu de scène extravagant, si ce n’est même absent. J’avoue avoir été portée par le batteur à la cadence irréprochable et assez monstrueuse sur 2 titres, imitant le son d’un pas au galop sur fond de Far-west des temps modernes. L’ensemble de la prestation n’aura cependant pas été homogène, alternant d’incroyables moments poussifs avec des passages bien plus calmes : l’intelligence du contraste pour mieux apprécier les deux pans opposés.

Bien que le groupe ne soit encore jamais venu à Tours (WHAT !!!), ils ont promis de revenir et on le souhaite. La grandeur qu’ils apportent à leurs compositions prend tout son sens sur scène. On retiendra cependant que ce sont de « sacrées brêles » (dixit une des membres) car ils viennent de sortir un CD mais ont oublié de l’apporter, à charge de revanche donc.


Instant chimie ET culture : l’allotropie est un corps qui peut se retrouver sous différentes formes. Cette définition collera finalement bien à la soirée avec ces deux groupes et de multiples émotions. Vous pourrez placer ce genre d’expressions auprès de vos collègues « quelle folle soirée, une véritable allotropie d’émotions ».

 

Mélissa A.